Médecine, 10000, maison A. Les outils de sport: Si l’intime est politique? 

Médecine, 10000, maison A.

Je suis allée voir un docteur qui s’appelle Lecoeur, pour un problème au dos. Je pensais qu’une partie de ma colonne avait navigué en moi, mais non. Il m’a dit rien de grave, la seule chose à trouver pour que la douleur passe ce sont des endorphines. Il a à peine posé ses doigts sur mon corps transpirant. La différence entre une aphorie un un euphorisme, l’un existe, l’autre pas. Je ne sais pas lequel existe. Je sais qu’hyperbole existe et qu’il y a un rapport aux mathématiques. C’est quelque chose qui traîne dans ma mémoire. Aujourd’hui la radio allumée au hasard parlait d’amour et de sexualilté de manière assez rétrograde et à un autre moment de tumeur au cerveau et de méningites. Puis après le bois de Laurie Anderson. J’ai voulu écouter la suite sur mon téléphone, mais j’ai oublié. Eu le temps d’entendre que les salles de spectacles rouvraient en Suisse, sur une décision prise comme ça un peu rapidement. Ce soir deux jeux au salon, il y en a dans les chiffres et d’autres dans les lettres. Un film dans mon lit, film qui raconte la naissance d’une maison en forme de A. Suis impressionnée par la force de cette femme de 66 ans qui l’a construite. J’envoie le lien à Rassane l’architecte qui est à Rabat en ce moment. Je pense que Rassane est doué d’une intelligence redoutable.

Les outils de sport: 

J’ai trouvé devant ma chambre un tapis de sport bleu, qu’Arthur avait déposé plus tôt dans la journée, je ne sais pas ce que j’étais en train de faire exactement au moment où le tapis à touché le seuil de ma porte. Je ne m’attendais pas à trouver celui-ci en rentrant. C’est Yilu qui a proposé de faire une commande groupée sur le site internet du magasin de sport afin de se partager les frais de livraison. Cela a coûté 5 euros. J’ai dépensé énormément d’argent ces derniers temps, pour m’assurer d’être ne bonne santé et de me soigner. Mais je pense que ce qui garanti ma santé intégrale, c’est le sport. J’ai commandé sur internet un ballon rose, comme celui de Diana. Je pourrais m’allonger ou m’assoir dessus, il sera là demain, devant la porte d’entrée, rebondissant. Commandé aussi des nus pieds en mousse rose. Espère ne pas recommencer cette erreur. Commandé aussi pizza et burger, ne comprends pas pourquoi ni comment c’est si bon et mauvais à la fois. 

Je m’avoue vaincue quant aux actes de commande. 

Dépensé 150 euros de frais de vétérinaire pour Loulou, dépenserais demain 150 euros de frais d’opticien pour mes yeux. Mes verres se teinteront de marron lorsqu’il fera soleil. J’ai choisi le marron alors que le vert et le gris me faisaient mieux percevoir les contrastes d’ombres et de lumière. J’ai choisi marron pour le style et les couleurs chaleureuses. La vie coûte cher et les proches m’aident, ainsi que l’Etat. Merci à tous. 

Si l’intime est politique? 

C’est fou comme les gens réussissent à se déborder les uns sur les autres. Je ne sais pas pourquoi le terme gens est masculin. Fais très longtemps que j’ai envie d’entamer un projet littéraire, le voici qui débarque alors que je suis censée dormir car une grosse journée m’attend demain. Nous occupons l’école. Vivre ensemble est une forme d’art. Cette femme me plaît beaucoup, et ce matin j’ai regardé une vidéo sur internet dont le titre était « j’ai embrassé une fille ». Internet est générique, Youtube non. Nous verrons demain un film sur un papillon que Camille pirate pour le bien de la communauté. Tant de choses à raconter mais sensation agréable d’atteindre un bout, l’autre côté du cercle. à 23h34.

N’aime pas entendre le rire des autres au salon tandis que je suis là, me sens parfois exclue, mais j’ai besoin de repos, plus que les autres. Quand presque toute conversation demande un effort pour formuler une réponse. N’ai presque plus mal au dos. Ai annulé mon rdv avec Rose-M Sauvage. 

Mardi 23 mars 2021

Tous les matins je marche. Chaque matin de ma vie, et ce depuis neuf mois, à chaque réveil après une série de rituels intimes qui ne durent pas plus d’un quart d’heure, j’appelle l’ascenseur et je descend les 10 étages pour arriver au parc, avec ma chienne. Je laisse toujours notre porte d’entrée à entrouverte. Au parc, je marche. Ce matin, l’ascenseur était condamné par une femme dont le travail est de le nettoyer. Nous avons descendu les 10 étages à pied, ce qui n’était pas si facile pour une chienne qui n’a qu’une patte avant. Au parc, je m’étire, je fais parfois quelques exercices sur les structures que je déteste. Quand je suis arrivée à Cergy, elles n’existaient pas. Très vite, elles sont venues défigurer le paysage que j’aimais vivant. Est ce que le plastique est vivant? Son rythme n’est pas le même que celui de l’arbre dont j’ai vu les couleurs changer à chaque saison et à chaque variation de la lumière de ciel. Notre promenade est parfois plus longue que prévue. Souvent je pense à respirer. Je suis quelque fois un peu dans mes rêves encore, les yeux ne s’ouvrent qu’à moitié. Ce matin nous sommes allées jusqu’au bois. On fait ça environ une fois par semaine. Nous avons longé l’Oise pour ensuite passer sous le pont du train dans lequel la plupart de vous étiez pour arriver ici. Nous avons traversé les champs, respiré le bois, retrouvé le parc. Quand je marche, je regarde et j’écoute comme je peux, mais souvent ma pensée prend trop de place, alors je marche pour étirer le temps, pour laisser une longue vie à cette pensée qui n’en finit pas de se dérouler. Je ne sais même pas si j’y fais tant attention, je la laisse s’accrocher aux bourgeons, aux sédiments que je croise, aux bouteilles de plastique ou aux dos des gendarmes rouges. Elle se disperse tandis que j’avance. Loulou est souvent loin derrière, parfois je me retourne et je l’attends quelques secondes. Puis je reprends la marche. Je pense à ce qui se passera bientôt, je pense à mes projets. Aujourd’hui, je pense que je vais présenter mon travail à une petite assemblée dont je ne connais pas encore la disposition. Je me projette dans cette salle 307 où j’ai passé le jury pour entrer à l’école nationale supérieure d’art de Cergy il y a 3 ans. Tout ce temps qui a passé depuis m’a mené vers ce point, ce moment qui déjà n’est plus, où il est question de parler de mon travail à l’institution qui m’encadre et qui me permets de travailler. C’est l’heure de rendre des comptes. Ce qui est dommage, c’est le manque de confiance qui existe dans la structure même de cette nation. Elle me donne de l’argent et des moyens pour que je sois artiste, une bourse qui me permets d’assurer mes besoins vitaux, en cela elle me fait confiance, mais il faut tout de même de rendre un petit compte aujourd’hui. Je me demande à quel point l’école m’a formaté et combien ce que je dis où ce que je présente est issu de ce formatage. Bien-sûr je me laisse former et formater quelque part et à tous les endroits que je traverse, c’est dans le contrat tacite. En même temps, mon travail est en dehors de cette école qui me semble souvent austère, mais je ne suis jamais loin. Je ne vais dans mon atelier que pour faire des siestes ou manger calmement si je n’ai pas le choix. Hier dans ma chambre, j’ai dessiné, en écoutant Geoffroy de Lagasnerie qui parlait de Bourdieu. Je suis triste car ma copine et moi avons des difficultés à communiquer, et j’ai des difficultés à composer avec certains états d’humeurs qui me traversent et qui s’inscrivent automatiquement dans ma subjectivité, car les événements traumatiques que j’ai vécu sont imprimés en moi. J’ai besoin de travailler pour sortir de ces questions, j’ai besoin de danser, de faire bouger les choses. C’est pourquoi je suis ici. Il me semble important de prendre la parole, autant que de ne pas la prendre et de vivre sans compte à rendre. Mon travail modifie ma subjectivité et c’est ma première raison de le faire. Je m’impose à moi-même des règles du jeu que je suis, pour me transformer et montrer que c’est possible. Le potentiel de transformation est immense. On pourrait tous et toutes se transformer maintenant en dragons et plantes carnivores, par l’imagination, mais cela prend un peu de temps pour l’intégrer vraiment dans le corps.

mettre un petit caillou dans la gueule du loup, le mâchouiller, le croquer, le cracher, le lécher, essayer de l’avaler

C’est un monde englouti par l’eau et par l’obscurité. Il y a une chose que je ne supporte plus: le divertissement bruyant. Tout ce qui me fait sortir de mon rail, de ma concentration, tout ce qui pénètre mon attention au monde, tout ce qui casse mon mur, tout ce qui viole mon calme intérieur, tout ce qui n’est pas à l’écoute, tout ce qui me rappelle que je ne communique pas de la même manière qu’eux, ces bruits qui ne communiquent pas avec moi, ce tout qui m’exclut. Des bateaux d’esclaves pèchent de la lumière radioactive dans les fonds marins. Par des rires, des phrases, des attitudes, des mots aux timbres graves, je me sens moins que rien. Je me sens moins que rien et j’ai peur de l’abandon. C’est une phrase que je répète par habitude, je ne l’intègre pas vraiment, j’ai perdu la mémoire de ce mot, c’est mon corps qui le comprends, il y a rupture entre mon corps et ma tête. Une seule île existe ou poussent des arbres fruitiers qui sont contrôlés par quelques humains privilégiés. Elle dit qu’elle comprends mais elle est de l’autre côté. Elle y restera. Je continue à lui donner mon énergie alors que je n’en ai presque plus, je lui donne en échange d’un certain réconfort physique et affectif. C’est une situation qui déchire l’intérieur de moi-même, qui m’apporte tant de violence. Je pense à ces coups reçus, je les revois, je les revis. Les esclaves échangent leur lumière toxique contre quelques fruits. C’est si fort que ça me fait rester dans mon lit. C’est si fort que ça me fait ignorer ma vitalité, c’est si fort que ça me fait courir, c’est si fort que ça me fait chuter, et ça m’électrocute, et ça me fait penser à tomber du 11ème étage. Ils ont faim, ils ont la peau brûlée, ils n’ont pas de maison. Je veux danser.

cinq textes écrits avec les cop1nes

J’ai creusé la voie lactée. La couche spectrale et scintillante, je l’ai dosé.

Je me suis battue pour devenir ce mammifère incarnée, dansante. C’était une lutte et j’ai gagné, après toute la traversée virtuelle et invisible du saut dans le souffle et du souffle dans le flot, et du souffre dans le flux, et de l’électricité dans l’eau, et de la gaine chaude et moelleuse de la peau. J’ai gagné le langage à travers les lumières, trajectoires de lampadaire. Récit limpide comme l’air, le poids des mots dans le poids du corps. Plus on est plus on pèse, plus on pèse plus on pèse lourd, plus on est de folles plus on s’enfonce dans le sol.

Nous sommes trente huit. Trente huit âmes errantes entre les murs d’un château de pierres lisses et grises. Nous sommes là pour le mariage de Pierre et Annabelle. Pierre est une jeune chienne qui n’a pas de propriétaire. Annabelle est timide. Nous sommes trente huit âmes dansantes, on ne touche pas le sol. On s’est retrouvées là ce matin, à 38 degrés celsius moins le quart d’une lune. On fait de notre mieux pour animer le voyage, une journée pour marier une chienne blanche et une plante. Les quelques enfants courent et les rires raisonnent dans les vitres cassées qui donnent sur le jardin-nuit. Annabelle était des leurs mais plante devenue domestique elle casse des assiettes comme toute bonne plante des familles.

Toute sorte de boutons dans ma boîte en fer rouge. Les boutons laids tu vois ceux avec lesquels on a pas envie d’être amie, de partager une balade en bateau ni un gâteau au citron. Les méchants boutons mais les gentils aussi. Ceux qui s’attachent l’un à l’autre. Les boutons reliés pas des bouts de ficelle sur des vêtements froissés. Les premiers je ne les connais pas. Les seconds ils ne me manquent pas. Je suis presque sûre qu’ils ne me reconnaitraient pas si l’on se croisait dans la rue. Maintenant tout est zippé c’est une histoire ancienne. Une histoire qui a duré suffisamment longtemps. Lâche moi dis le zip. Je n’ai pas besoin de toi pour couvrir ma petite. Je suis archivée suffisamment profond dans le cloud, let me be. Il y a ceux que lesquels tu appuies aussi.

Diasporas électroniques pixels lumières sur le bout du visage. Les images qui défilent sans s’arrêter, mes yeux les inventent inventaire cartographié des informations fugaces. Petitx pixels lumières je te perçois et puis déjà tu disparais? Ce qu’on devine avec mes amis, les indices que tu laisses, les traces on les attrape et puis déjà elles naviguent elles retrounent la flotte. Qu’est ce qui persiste? Est ce que ça persistait il y a quatre mille ans? Est ce que ça persiste une image comme toi? dans une année lumière? d’où viens tu petite image pixel? combien d’années lumières as-tu?

Une dose d’oxygène mélangée à de l’hélium j’en prends une fois deux fois et je plonge. Je plonge je plonge plus profond encore. En bas c’est si bon? En bas de moi-même ça n’est pas la cave ça n’est pas le sol caillouteux ça n’est pas le silence. En bas tout en bas de moi une mélodie aux pétales caramel sucreries amuse bouche sincérité du touché, sublime peau de la fleur tachetée, l’immense fleur. Je remonte une gorgée deux bouffées o se gonfle on prend des forces du courage gants de boxe billes en têtes et hop on replonge allez c’est parti; Cette fois je vois la fleur avant qu’elle ne me touche. Je sais à quoi m’attendre, c’est moins drôle. Je m’en vais voir plus loin et les poissons me soufflent un hymne chaud ça chatouille mes oreilles. Au fond de moi les algues gluantes comme des désirs glaces, des crèmes douces amères aigres. Je nage encore un peu je prend le fond comme si il existait. Souffle d’eau tiède et envoutante. Ne veux plus remonter jamais. Suis bien en bas. Suis allongée suis en boule. Un geste est lourd et dur à contrôler. Les basses surtout les fréquences tout à fait basses dans le fond. Fleur immense. Fleur de quelque chose comme 300 mètres de diamètre. N’en finit pas de faire le tour de toi.

Nous sommes humides et humus.

On est jamais seulxes. On est jamais seulxes car on existe tousxtes au même moment. La visio-conférence se coupe après des remerciements succincts, la page est fermée et on est encore ensemble sans l’être, on est toujours dans nos cuisines, dans nos salons, dans nos lits, dans nos écoles, dans nos bureaux, dans nos bains. On est toujours dans nos rues, dans nos rivières, dans nos vêtements, dans nos airs, dans nos forêts. On est en nous-même, l’exogène n’existe plus.

Je dis nos pour entourer. Je dis nos pour ce qui est proche de nous. Pas pour la propriété.

Je dis nous pour plusieurs mois, je dis nous pour définir la multiplicité de consciences qui s’agglomèrent et embrasse l’écorce terrestre.

Terrestre, être terre.

Humides, humus, humain. Je pleure sur toi, je mouille en toi.

Nous ne sommes pas seulxes.

Nous ne sommes pas seulxes quand nos outils décident de prendre d’autres canaux, des canaux de flux directs ou moins directs, des canaux usés par le temps, des canaux oubliés, des canaux actuels… Le dialogue est là dans chaque flux. Quel est le plus vieux flux existant? Par quel flux nous laissons-nous traverser ? Je me demande si nous pourrions aussi clairement communiquer par le vent et par les nuages, comme dans ce rêve que j’avais fait, que par les tubes qui sont sous terre. 

Combien de gestes ont façonnés nos outils? 

Combien de gestes ont façonnés notre langue? 

Combien d’humains ont prononcés les mots?

Combien les mots ont-ils traversés de corps?

Suite aux doigts bleus et fin du rêve

L’Etat nous informe donc, grâce à son avion de chasse qui frôle notre tour, que son serveur télépathique est piraté. L’information que nous avons reçu par le serveur est totalement fausse. Il n’y a aucun risque qu’un objet lourd puisse trouer la pesanteur. L’affirmation selon laquelle nous devrions faire constamment des films de nos vies pour qu’elles existent et qu’ainsi la matière brute se transforme en poids légers est fausse. Nous ne sommes pas manipulé.e.s pour transformer le poids qui risque de déchirer la couche atmosphérique en électricité. Non, c’est faux, nous dit l’Etat. Pas d’inquiétude. Le serveur a été piraté. Vous n’êtes pas utilisé.e.s pour transformer les pierres métalliques lourds en ondes légères. Non, non.

ou quelque chose comme ça

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