Nous sommes humides et humus.

On est jamais seulxes. On est jamais seulxes car on existe tousxtes au même moment. La visio-conférence se coupe après des remerciements succincts, la page est fermée et on est encore ensemble sans l’être, on est toujours dans nos cuisines, dans nos salons, dans nos lits, dans nos écoles, dans nos bureaux, dans nos bains. On est toujours dans nos rues, dans nos rivières, dans nos vêtements, dans nos airs, dans nos forêts. On est en nous-même, l’exogène n’existe plus.

Je dis nos pour entourer. Je dis nos pour ce qui est proche de nous. Pas pour la propriété.

Je dis nous pour plusieurs mois, je dis nous pour définir la multiplicité de consciences qui s’agglomèrent et embrasse l’écorce terrestre.

Terrestre, être terre.

Humides, humus, humain. Je pleure sur toi, je mouille en toi.

Nous ne sommes pas seulxes.

Nous ne sommes pas seulxes quand nos outils décident de prendre d’autres canaux, des canaux de flux directs ou moins directs, des canaux usés par le temps, des canaux oubliés, des canaux actuels… Le dialogue est là dans chaque flux. Quel est le plus vieux flux existant? Par quel flux nous laissons-nous traverser ? Je me demande si nous pourrions aussi clairement communiquer par le vent et par les nuages, comme dans ce rêve que j’avais fait, que par les tubes qui sont sous terre. 

Combien de gestes ont façonnés nos outils? 

Combien de gestes ont façonnés notre langue? 

Combien d’humains ont prononcés les mots?

Combien les mots ont-ils traversés de corps?

poème n°1: me recuerdo

je viens sous moi 

i remember 

je remembre 

yo me recuerdo 

je me raccorde

i don’t want to not remember myself

je ne veux pas me démembrer moi-même

yo no quiero no me recordar

je ne veux pas être coupée

yo no, i don’t

Suite aux doigts bleus et fin du rêve

L’Etat nous informe donc, grâce à son avion de chasse qui frôle notre tour, que son serveur télépathique est piraté. L’information que nous avons reçu par le serveur est totalement fausse. Il n’y a aucun risque qu’un objet lourd puisse trouer la pesanteur. L’affirmation selon laquelle nous devrions faire constamment des films de nos vies pour qu’elles existent et qu’ainsi la matière brute se transforme en poids légers est fausse. Nous ne sommes pas manipulé.e.s pour transformer le poids qui risque de déchirer la couche atmosphérique en électricité. Non, c’est faux, nous dit l’Etat. Pas d’inquiétude. Le serveur a été piraté. Vous n’êtes pas utilisé.e.s pour transformer les pierres métalliques lourds en ondes légères. Non, non.

ou quelque chose comme ça

fin de mars

Mars abandonne son travail, elle prend sa retraite.    Mars jette son armure, elle rend les armes. Mars rompt son contrat, elle démissionne.  Mars est en burn-out, elle ne veut plus être une planète.  Mars sort de son orbite, elle part en vacances.  Mars coupe sa ligne téléphonique, elle jette l’éponge.               Mars a besoin d’un bon bain chaud, elle se jette à l’eau. 

Mars sourde, Mars coule, Mars lâche, Mars crache. 

Mars ferme les yeux, et sombre dans le vide de la nuit qui bout, et sombre dans le fond de la baignoire d’ivoire, elle entends son coeur et plus rien au dehors. 

je tourne la page

je me souviens de ce rêve où nous étions dans une tour de verre, tout en haut de la tour toute de verre vêtue. Un avion de chasse passait entre nous et la tour d’à côté. L’avion de chasse était penché, il passait en biais entre les deux tours, c’était serré et rapide. C’était un avion de l’Etat, c’était courant d’en voir comme ça longeant nos murs en verre. Il venait nous informer que le cloud avait été piraté. Le cloud c’était un nuage d’informations que nous recevions constamment par la pensée. Nous les humains n’avions pas à agir pour recevoir les informations que l’Etat souhaitait nous délivrer, le cloud s’imprégnait en nous depuis qu’il y avait la 5G, automatiquement on était au courant de tout à tout moment, de tout ce que l’Etat voulait de nous. Mais là cet avion de chasse venait nous dire qu’attention, le cloud avait été piraté.

Aujourd’hui j’ai ramassé toutes les feuilles jaunes qui étaient tombées dessous l’arbre Gingko jaune et je les ai déplacées sous l’arbre Copalme rouge duquel j’ai ramassé toutes les feuilles rouges qui étaient sous lui pour les mettre sous le Gingko jaune

Un oikos — du grec ancien οἶκος, «maison», «patrimoine» — est l’ensemble de biens et d’hommes rattachés à un même lieu d’habitation et de production, une «maisonnée».

j’ai la chance d’avoir parfois du temps à l’intérieur du temps. J’arrive à étirer une strate temporelle afin d’écrire. Ca c’est quand j’écris. C’est comme le bain, une histoire de bénéfice du creux. Quand je n’écris pas, quand je ne suis pas dans le négatif du temps, je me colle au dehors. La peau est poreuse et l’intérieur est touché directement par ce qu’il se passe à l’entour.

J’ai pensé à une société de femmes qui seraient très fières d’être des violées. Elles se revendiqueraient de la sorte. Nous sommes les violées. Elles se revendiqueraient de sorte qu’il n’y ait aucune distance entre l’intérieur et l’extérieur. Elles seraient pénétrées constamment. Elles seraient vulnérables et fières de l’être. Je ne sais pas quoi en penser encore.

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